« ( ... ) Pour la guérison, dans une première approche, on pense à la disparition des symptômes. Voilà un malade alcoolique. Il a des troubles du comportement. Il ennuie tout le monde, il est difficile à vivre, il a des accidents du travail, etc. Si l'ensemble de ces symptômes disparaît on va dire : « Il est guéri ». Réponse : « Non ». Il y a bien absence des signes extérieurs de la maladie, mais pour être guéri il lui faut redéfinir son comportement par rapport à lui, aux autres, à la société. C'est-à-dire qu'il doit se construire différemment, qu'il devienne un autre personnage. Voilà la définition positive de la guérison. C'est la partie la plus importante. Quand un malade arrête de boire, il doit changer complètement de vie, changer sa manière d'être, avec les femmes, avec le travail, avec les enfants, avec les autorités, avec la loi, avec l'argent, sa manière de manger, etc. Tous ces éléments seront les signes d'une authentique guérison. ( ... )
Très rares sont ceux qui peuvent après cinq ou dix ans d'abstinence se remettre à une consommation sans accident. Il y en a probablement quelques-uns mais avec le risque accru de rechutes. On a dit : « Vous serez guéri, mon ami, le jour où vous pourrez faire comme moi ». C'est-à-dire boire normalement. A mon avis, c'est faux. Abstinence veut dire indifférence par rapport à l'alcool. C'est un produit parmi d'autres dans la société. Mais la personne guérie n'a ni regret ni désir vis-à-vis de lui. Il est vain de vouloir revenir en arrière.
Pendant ce temps, des quantités de choses ont changé, à commencer par lui. Il y a encore peu d'années, les alcooliques étaient considérés comme des parias, des tordus, des bilieux, etc... Aujourd'hui on pense que c'est un être qui a besoin d'aide. Guérir c'est arrêter les symptômes puis recréer un autre personnage qui aura de nouvelles relations dans la famille, au travail, avec les syndicats, les patrons, l'argent, la justice, la loi, et surtout avec lui-même. »
Fondateur de la Société
française d'alcoologie, le docteur Pierre Fouquet, aujourd'hui disparu,
est à l'origine, avec les mouvements de buveurs guéris, dont Vie
Libre, des notions de maladie et de guérison dans
le concept d'alcoolisme.