HISTOIRE DU MOUVEMENT VIE LIBRE ET EXPLICATIONS DE SES POSITIONS

 

1954

Action auprès des buveurs à guérir.
Si nous prenons le Mouvement en 1954, date de la Charte, nous le trouvons en plein démarrage avec des personnes pleines de bonne volonté, riches de dévouement, certaines de la nécessité de l'action auprès des buveurs à guérir et de leurs familles.

1955-1956

Ce qui est primordial se précise et se confirme :

  1. L'action du semblable sur le semblable, l'action du buveur guéri sur le buveur à guérir de l'alcoolisme et de la nécessité d'agir sur les structures de la Société.
  2. La fierté « d'en être sorti » porte les buveurs guéris à porter leur témoignage en public. Ils éprouvent le besoin de crier leur bonheur et l'opinion publique devrait être éclairée sur l'alcoolisme-maladie et sur sa guérison. Il s'agissait de détruire le préjugé : «Qui a bu boira». Cette notion de l'alcoolisme-maladie distinguait profondément le Mouvement « VIE LIBRE » des autres mouvements.
  3. L'amitié qui existe dans le cœur de tous les malades guéris s’affirme. Elle est le ferment de la guérison. Elle devient la grande devise de notre Mouvement : « Notre force est notre amitié ». Si parfois l'amitié risque de disparaître c'est qu'elle n'est pas gratuite, désintéressée. Par contre, cette amitié est donnée dans le sens de la promotion et du bonheur des autres, elle demeure, elle tient bon.
  4. L'abstinence totale de tout alcool et familiale que l'ensemble des docteurs était loin de préconiser. Ce fut le résultat de fortes discussions au II° Congrès national au musée social de la rue Las Cases, à Paris.
  5. La participation des abstinents volontaires (conjoints des buveurs guéris, leurs enfants et parents, et autres volontaires) à l'action des buveurs guéris qui était à l'origine de l'Entraide en 1946 (cf, la Charte de 1954, pages 6 et 10), et aussi, la coopération de membres sympathisants de tous milieux.

Cette participation et cette coopération, à part entière, des uns et des autres, s'expliquent du fait que « VIE LIBRE » essaie de toutes ses forces, par le triple jeu de la promotion professionnelle, familiale et sociale, de restituer l’homme dans toutes ses dimensions personnelles et collectives, donc dans la Société.

Il fallait que la Société aille à la rencontre de tous les rejetés que sont les victimes de l'alcoolisme. Une sorte de « délégation » de cette société s'est constituée à partir des abstinents volontaires et sympathisants.

Les abstinents volontaires, quant à eux, ont apporté, pour certains, le concours de leur expérience et de leurs compétences. Cela n'a pas été sans fautes de leur part, car ils ont quelquefois oublié que le moteur premier du Mouvement, son dynamisme profond, et en même temps sa faiblesse, restait le ressort caché de la souffrance.

Une leçon profonde reste valable pour toutes époques et pour tout homme : nul n'est à l'abri du paternalisme à l'égard de son semblable. Qui n'a pas dit : « Mes malades, ma section... ? ». Qui n'a pas préparé une réunion tout seul et qui ne se plaint pas d'avoir trop de travail alors qu'il répugne à confier du travail à d'autres ? etc...

De façon bien inégale encore dans toute la France, « VIE LIBRE » est devenu une équipe dans laquelle buveurs guéris et abstinents volontaires se côtoient fraternellement. Mais le Mouvement se doit d'être très vigilant sur le choix des amis qui désirent s'y engager volontairement, en complet accord avec les statuts et le règlement intérieur du Mouvement. Le service et la gratuité totale doivent être la règle absolue

1956-1957

Progressivement, les conjointes des malades guéris se sont fait entendre dans le Mouvement. Un tel accent était sur le témoignage du buveur guéri, sur la nécessité de son action, que les conjointes étaient souvent mises de côté. On voit souvent cela; même maintenant dans les débuts des sections. Il y a souvent les blessures du passé. Tout cela n'est pas résolu. Il y a le cortège des difficultés matérielles, l'inévitable crainte des rechutes de la première année.

Les conjointes d'aujourd’hui, comme celles d’hier, ont besoin de beaucoup de compréhension et d'aide dans leurs problèmes particuliers de femmes et d'épouses <comme d'ailleurs les enfants, les mères et les sœurs des malades).

« Hier, beaucoup pensaient que c'était par la création de " Commissions féminines" entre elles, par elles, pour elles. »

Aujourd’hui, beaucoup pensent que le Mouvement étant familial et devant pousser à la réalisation du couple, à son unité, il est dommageable de faire ces Commissions féminines. Ils pensent que c'est dans l'équipe de base, où tous se retrouvent, que se refera l'unité du foyer.

Le même problème se retrouve, d'une façon plus cruciale, pour les femmes malades ou guéries. Il semble bien, toutefois, que pour nombre d'entre elles la solution transitoire du « groupe entre elles, par elles, pour elles » représente un palier nécessaire vers le groupe plus large d'amis que l'on rencontre dans les équipes de base.

En fait, « VIE LIBRE », en se voulant Mouvement familial, n'exclue pas pour autant la présence des isolés (hommes et femmes) et il est entendu que pour ces derniers, il existe un problème : celui d'être seul dans la vie. Chez certains, cela peut créer une gêne lorsqu'ils se trouvent en présence de couples. Suivant leur situation, il se peut aussi qu'ils aient à discuter entre eux de problèmes causés par le fait de vivre seuls.

Mais n'est-ce pas aux foyers (c'est-à-dire aux couples constitués) de les intégrer avec eux pour mener une action commune au sein des équipes de base, dans lesquelles ils pourront s'exprimer dans la mesure où ces foyers seront attentifs à leurs problèmes.

C'est pourquoi il est souvent préférable pour les malades isolés d'être recueillis dans des foyers d’hébergement très ouverts, où ils pourraient rencontrer toutes sortes de personnes, ce qui aurait pour but de créer un climat de réadaptation à la vie.

Cette réalisation (matérielle, technique et financière) n'incombe pas à « VIE LIBRE », mais aux Pouvoirs publics. Nous devons les alerter et les informer de l'action que nous menons conjointement avec les organisations populaires. Ils devront prendre conscience que celle-ci ne peut atteindre son but vis-à-vis des isolés que dans la mesure où seront mis à leur disposition des maisons d’hébergement saines et accueillantes dont la conception de l'animation sera définie par «VIE LIBRE ».

1958-1959

Le caractère de mouvement de promotion familiale, professionnelle et sociale s'affirme. Mais, s'agissait-il d'une promotion personnelle ou d'une promotion collective? Que de débats sur cette question importante? Tel insistait sur le fait qu'il avait grimpé dans l'échelon professionnel, tel disant que par l'action au service des autres il avait acquis une véritable formation humaine et que cela valait « Tout l'or du monde ».

A part des exceptions qui confirment la règle, il ne faut pas dissocier une juste promotion, c'est-à-dire l'acquisition d'une profession, d’un logement, d’un pouvoir d'achat suffisant et l'action au service des autres qui donne à la vie un sens profond.

De ces années, s'affirme la prise de conscience d'appliquer les principes de la Charte sur l'action collective dans la famille, le quartier, le milieu de travail... (cf. la Charte de 1954, page 11).

Notons tout le positif de l'action « VIE LIBRE » avec son caractère promotionnel, à partir de son système d'action, par la base, dans les équipes de base. Voyons aussi toute la formation des personnes au niveau familial et social par des journées de formation dans toutes les sections. Dans celles-ci chaque malade pourra acquérir un caractère d’homme, de femme, voir les réalités de la vie et faire face au combat journalier qu'il y a à mener pour la défense des buveurs, et enfin combattre aussi tout ce qui écrase les plus pauvres tel que le paternalisme et le capitalisme.

1960-1965

Notons tout de suite tout le positif qui existait à l'époque, ou qui s'est fait jour dans ces années.

En particulier, l'action de base qui a été remise en cause au niveau des équipes de base (déjà créées par la Charte 1954). Aujourd’hui nous en voyons les effets se concrétiser par leur développement et leur efficacité. Nous pouvons dire que ces années nous ont apporté beau-coup dans l'action directe auprès des malades.

Regardons aussi tout le travail de base réalisé au niveau des entreprises par les militants qui se sont donnés à fond dans une action complémentaire avec les organisations syndicales, et cela : soit par délégation en vue d'aider un buveur de telle ou telle entreprise, soit par des actions revendicatives au niveau des Unions locales et départementales.

Regardons tous les buveurs guéris qui ont adhéré à un syndicat de leur choix. Voyons aussi les actions menées conjointement avec les Mouvements familiaux pour obtenir plus de sécurité pour les familles, la prise de conscience des militants pour obtenir une formation, et, en allant plus loin encore, voyons les engagements de chacun dans des mouvements populaires pour combattre les causes de l'alcoolisme et revendiquer davantage de bien-être pour les plus petits. Regardons enfin le travail positif qui avait été réalisé lors de la rencontre « Action au Travail » à Saint-Etienne, en novembre 1967, rencontre qui nous a fait découvnr l'action menée à la base par les militants avec les syndicats.

Ce fut aussi une période très douloureuse : années de scissions, années significatives.

Par ordre chronologique, elles ont été créées par les raisons suivantes :

  • En SAVOIE : Paternalisme d'un ingénieur, « patron » du C.D.D.C.A., qui a fondé «Joie et Santé . Mont-Blanc».
  • Dans le DOUBS : Direction autoritaire d’un abstinent volontaire, membre influent du clergé local, ce qui a eu pour conséquence la création de « Joie et Santé - Franche Comté».
  • Dans les VOSGES : Appui du C.D.D.CA. pour fonder «Joie et Santé» et «Les Amis de la Santé».
  • En ILLE ET VILAINE : Appui d'un pharmacien abstinent volontaire et du délégué régional du C.D.C.A. qui ont lancé «Joie et Santé» d'Ille-et-Vilaine.
  • En SARTHE : Direction paternaliste et patronage d'un médecin membre du C.D.C.A. et création de «Joie et Santé . Sarthe».

Une autre scission a été créée par un membre « VIE LIBRE » de PARIS qui, sensibilisé par une pratique syndicale et politique au problème de la lutte contre les causes sociales de l'alcoolisme, et voyant le Mouvement ne pas s'y engager assez vite à son gré, avait décidé de « forcer la main ». Pour cela, il avait essayé des méthodes de délation auprès des grandes centrales syndicales et des organismes nationaux subventionneurs. Le Mouvement créé dans l'Ile-de-france, dont la base était voulue d'orientation nettement anti-paternaliste et populaire, est, depuis, passé entre des mains bien paternaliste et bien peu populaires.

La direction nationale de « VIE LIBRE » s'est heurtée, à l'époque, à toutes ces manœuvres de division et a été taxée d'autoritaire. Il faut dire que souvent les dirigeants régionaux, départementaux ou locaux du Mouvement n'étaient pas suffisamment conscients de la valeur de l'enjeu : par ce fait, ils ne jouaient pas un rôle suffisamment actif dans les discussions. Et puis, les scissions créent un climat très pénible d'insécurité, préjudiciable à l'équilibre affectif des personnes, d'où dépressions ou agressivités.

A tous ces Mouvements locaux partis de « VIE LIBRE », il faut ajouter, d'une façon toute spéciale la création d'Amitié P. et T., Mouvement corporatiste de postiers lancé et appuyé par des cadres P. et T. La façon dont «  ces messieurs » comprenaient la signalisation et les soins aux malades alcooliques dans le cadre du service ainsi que le paternalisme inévitable que crée la présence de « chefs » dans les réunions, nous avaient amenés les uns et les autres à constater que chacun devait faire sa route de son côté.

Disons aussi que les conflits sont très personnalisés à « VIE LIBRE », c'est ce qui leur donne un aspect très passionnel, très pénible. Une agressivité, un désir de domination sur l'autre se font souvent jour et aggravent les divergences d'opinion.

Attention donc, comme l'expérience le fait dire aux personnes qui démarrent le Mouvement sur telle ville ou tel bourg. Le Mouvement aura le visage du leader de première heure ou de l'équipe collectivement responsable.

De cette époque date la pénétration de plus en plus large du Mou-vement dans le monde rural, et en particulier dans l'Ouest et en Normandie. De réelles difficultés de soutien se font jour, la solution résidant dans la multiplicité des équipes de soutien et le déplacement (quelquefois anarchique) des militants urbains dans les bourgs.

De cette époque date aussi la création de postes de « permanents-visiteurs sociaux » chargé dans l'esprit des uns, du soutien des militants et des équipes de base, de l'animation en équipe avec les Comités, de représentation auprès des organismes et de taches administratives et pour les autres (plus particulièrement pour ceux sous contrat Santé ou Sécurité Sociale), de tâches de super-militants.

Ce problème est à reprendre, car il n'est pas résolu.

C'est de 1964 que date, au plan national, par une action persévérante, notre dédouanement du C.N.D.CA. Nous touchions pour la première fois directement nos subventions. Le Conseil national de cette époque devait voter un texte recommandant à tous les départements de s'engager sur la même voie.

La collaboration recherchée avec les Confédérations syndicales au niveau le plus haut avait permis, grâce à l'action au travail développée à cette époque, mais de façon un peu artificielle, d'obtenir des Centrales syndicales trois déclarations (C.G.T., C.F.D.T., F.O.) parues dans « Libres » et le dédouanement des subventions.

Un article a également paru dans « Le Peuple » (organe de la C.G.T.) et également dans le bulletin de formation de la C.F.D.T. Mais cette collaboration n'était pas suffisamment le reflet d'un travail soutenu au plan local et de ce fait, n'a pas tenu.

Dans la ligne de cette collaboration, nous allions à l'époque vers les sections reconnues d'entreprises, mais leur reconnaissance supposait une tutelle patronale ou syndicale préjudiciable aux malades, ce qui explique qu'un Conseil national devait enlever des statuts la possibilité de créer de nouveaux groupes d'entreprises.

En mars 1963, il y eut la reconnaissance d'utilité publique qui, pour nous, signifie essentiellement que nous sommes un corps représentatif des victimes de l'alcoolisme et que nous sommes parfaitement capables de gérer nos propres affaires.

En 1964, une prise de conscience générale des militants a montré la nécessité de la formation. Ce fut le début de la collaboration «  VIE LIBRE - C.C.O » avec les stages nationaux de 5 jours. Puis ce fut les stages spécialisés de Poissy de 3 jours. Au plan local, c'est le moment des journées d'études en Commissions, en petites équipes, où le plus timide peut enfin dire quelque chose.

La révélation du X° anniversaire, comme celle de Vichy plus encore, ce fut de vouloir pleinement restituer l'homme et la femme dans leurs relations. A partir de la souffrance de la maladie et du rejet de lu Société, il a été ressenti combien notre ambition était de refaire des hommes et des femmes vraiment situés dans le milieu populaire et conscients de leur rôle auprès des plus souffrants.

1965 devait voir la concrétisation statutaire de certaines lignes d'action : introduction du mot « populaire », pas de double appartenance au titre de Mouvement de buveurs guéris, suppression des Comités et présidences d’honneur.

La raison de cette suppression de membre d’honneur s'explique par trois aspects :

  • Les membres d’honneur étaient presque tous des personnes qui, par leur appartenance à une couche sociale, ou ayant une formation intellectuelle jugée supérieure, ne participaient pas pleinement à l'action du Mouvement mais y apportaient un soutien moral. Par leurs relations, ils apportaient parfois le «  coup de piston » aux démarches des militants.
  • C'était, sous une forme bienveillante, un risque de tutelle et, si nous voulions lutter pour une justice sociale, sans esprit sectaire, pourquoi fallait-il donner des honneurs à un seul et pas aux autres ?
  • Avoir un Président d’honneur, c'était reléguer celui qui intimidait par sa supériorité sociale ou son appartenance à la classe libérale. Mais ce monde libéral ayant aussi ses malades alcooliques, nous avons surtout voulu faire comprendre que leur place et leur action était une action dans leur propre milieu.

1968-1969

Notre décision de collaboration avec d'autres Mouvements et Organisations dans le cadre des cartels de défense de la Sécurité sociale, même si elle fut discutable quant au choix fait de ce moyen d'action, a démontré que nous voulions défendre la santé et les droits des malades alcooliques tributaires d'une Sécurité sociale menacée.

Il restera toujours à défendre notre droit à la santé par des moyens appropriés comme d'ailleurs notre droit au travail ou notre droit au logement ou à la culture. Et le Mouvement, directement ou par la présence de ses militants dans les Organisations syndicales, familiales ou sociales, devra toujours tenir le plus grand compte de cette lutte contre les causes sociales de l'alcoolisme.

Mai 1968, avec ses appréciations diverses et son aspect de désordre, quelquefois ressenti cruellement par beaucoup, a au moins apporté au Mouvement de nouveaux engagements (quelquefois maladroits) dans la vie sociale et aussi un désir plus grand de participation (régionalisation plus poussée du Mouvement, mémorandum médico et social paru dans « Libres » et qui a été repris dans « Libres » du Congrès de Marseille).

1967 et 1968 ont été les années de travail important sur les change-ments de statuts et règlement intérieur, sur les 8 propositions d'action qui ont remis en valeur les équipes de base, les femmes, les jeunes, l'abstinence, l'action auprès et avec le Corps médical, le dédouanement de toutes tutelles morales et financières, la formation.

Ces objectifs se sont complétés en 1969 par des ajouts et la parution de « Libres » 6 fois par an. (Nécessité de propagande ressentie à Marseille.)

Les premières rencontres régionales de médecins augurent bien de l'espérance que l'on y met, à condition toutefois que le Mouvement en soit le promoteur et qu'un dialogue s'instaure vraiment.

Ces propositions d'action sont autant de base pour mieux asseoir l’UNITE du Mouvement, les malades alcooliques ayant besoin plus que d'autres de sécurité.

Leur nombre grandissant, il faut aussi parler des difficultés des différents foyers de réadaptation s'adressant aux malades alcooliques et en particulier à ceux du Mouvement.

  • Difficultés provenant du non respect du règlement intérieur national quant à la composition du Conseil d'administration (50 % choisis en fonction de leurs compétences dans la Société et non en tant que «  VIE LIBRE ». Il faut d'ailleurs choisir ces personnes de façon très prudente, sinon elles patronnent.
  • Difficultés provenant des rapports entre les pensionnaires, les responsables du foyer et les membres de la section locale « VIE LIBRE».
  • Difficultés dues au manque de conception profonde sur le but de ces foyers, de leur gestion et de leur animation.

Ceci nous amène à l'absolue nécessité de jouer notre rôle de corps représentatifs des victimes de l'alcoolisme. Dans ce cas bien précis, des démarches, des études devraient être faites afin de doter les Centres de réadaptation d'animateurs adaptés.

Il est bon de rappeler le rôle que doivent jouer les « Pouvoirs publics » (cf. page 5) d'une part, et les Associations de Lutte contre l'alcoolisme d'autre part, afin de ne pas créer de confusion dans les attributions de chacun.

1969

Le Congrès de Marseille nous a permis de préciser notre position sur le trio alcool-alcoolisation-alcoolisme. Nous avons une position bien précise sur le problème de l'alcoolisation. Il sera de plus en plus faux dans notre monde moderne de parler de l'alcool en notion de quantité. Avec peu d'alcool, dans des conditions d'automation et de vitesse, l'alcool sera de plus en plus un danger et une chose surannée. Les individus surexcités deviendront de plus en plus intolérants.

Aussi devons-nous dénoncer la notion de « Pas plus d’UN litre de vin par jour » qui nous apparaît être une fausse notion, mais éveiller les consciences sur la responsabilité de chacun devant l'absorption de la moindre quantité d'alcool. De même, la loi sur l' « Alcool au volant », qui pourra permettre une diminution du nombre des accidents de la route, ne favorise pas pour autant une diminution de la consommation de l'alcool.

Le manque de participation des Pouvoirs publics à nos travaux, ainsi que le peu d'échos de la presse et de la télé (voir article de « Libres », de janvier 1970) nous font davantage reconnaître l'absence de volonté de la nation pour lutter contre les véritables causes de l'alcoolisme.

Le Conseil national ne peut être relaté dans cet historique. D'ailleurs, qui sait lire entre les lignes, s'aperçoit que tous les problèmes soulevés en 1969 ont eu leurs prémices les années d'avant.

Insistons tout de même sur deux points importants :

  • La reconnaissance des C.D, à partir de deux sections et les raisons financières qui en ont été données font apparaître une difficulté. En effet, si le Mouvement, pour vivre, a besoin de subventions, il a besoin aussi de garder intact son esprit de base. Faire reconnaître trop vite un C.D. à partir de deux sections insuffisamment solides, des responsables en nombre trop restreint équivaut (l'expérience nous le fait dire) à un recul du Mouvement.
  • Les débats de plus en plus « riches » qui s'instaurent tous les ans sur les finances nationales font apparaître parfois un manque de solidarité nationale. Les réponses de la plupart aux questionnaires financiers représentent un espoir. Le débat sur la cotisation (remise de la carte rose, sérieux de la carte de sympathisant) a été très large et a permis de constater combien l'adhésion était un geste responsable; aussi devons-nousêtre intransigeants sur le délai minimum de six mois.

Il y a autre chose à dire sur ce Conseil : 

  • Sur quelques difficultés rencontrées entre nous.
  • Le pourquoi profond de notre refus de collaboration avec le C.N.D.CA.
  1. Difficultés entre nous :
  • Différents degrés de conscience de notre appartenance à un milieu, le milieu populaire ou plus exactement le milieu ouvrier, employé, de petits cadres et de petits commerçants et paysans;
  • Conscience que la solution au problème de l'alcoolisme se trouve dans un effort commun (chacun étant à sa place avec les organisations syndicales, familiales, culturelles, politiques et sociales  à la base ;
  • Conscience que jusqu'ici, et encore pour un moment, le paternalisme petit bourgeois a mené la lutte contre l'alcoolisme. Conscience que ce paternalisme, ce moralisme... est particulièrement néfaste à l'épanouissement des personnes du milieu populaire déjà écrasées par des conditions d'existence déficientes et par une sous-culture;
  • Conscience encore que cette manière d'être n'est pas exclue de nos rangs. Il est un mal renaissant du fait que les malades recherchent leur sécurité illusoire dans ceux qui les paternalisent;
  • Conscience toujours que l'image que l'on donne de soi aux autres doit être débarrassée du pouvoir de l'argent, de la prestance, de la fonction dans la société ou dans le Mouvement, sans cela on accroche à soi, mais l'autre ne devient pas lui-même. Or, pour guérir de l'alcoolisme profondément, il faut « être bien dans sa peau à soi et ne pas être dans la peau de l'autre »;
  • Conscience encore que la place de la femme n'est pas faite dans la société et que l'unité vraie du couple suppose qu'elle le soit;
  • Conscience encore que les jeunes ne doivent pas être utilisés par les adultes, même pour des fins louables en soi, mais qu'ils doivent faire leur propre chemin entre eux, par eux, pour eux. L'apport du Mouvement « VIE LIBRE » dans leurs vies de jeunes n'étant qu'un apport parmi d'autres. En aucun cas, sous peine de risques de déformation, ou même de risques de détérioration psychologique, le Mouvement ne doit être toute la vie d'un jeune (il est en effet, sous tous les plans, à l'âge où les impressions sont très vives et donc très ressenties)
  1. Incompatibilité de collaboration avec le C.N.D.C.A. et ses filiales locales. Nous nous devons d'aller au fond du problème. L’expérience passée et relatée en partie dans cet historique fait apparaître ceci :

Le Mouvement « VIE LIBRE » s'adressant à des personnes du milieu populaire, victimes de l'alcoolisme, celles-ci, pour guérir véritablement de l'alcoolisme ont besoin de s'épanouir dans toutes leurs possibilités; à partir des besoins qui leur sont propres (voir l’homme dans toutes ses relations, sujet du stage Culture et Liberté (ex.C.C.O.).

Or, toutes ces difficultés du Mouvement nous apprennent ceci, qui est fondamental :

  • Est-il libre celui qui, pour obtenir une promotion professionnelle, est obligé d’adhérer à un mouvement corporatiste de B-G- dont le Président est son chef hiérarchique dans la profession ou l'entreprise?

Est-il bien dans sa peau d’homme ? 

  • Est-il libre celui qui doit aller prendre l'espéral dans le bureau de son chef ? Sera-t-il libre devant l'alcool demain et devant son épouse ? Sera-t-il l’homme sur qui on peut. compter ?
  • Est-il libre celui qui est parti du Mouvement sur des promesses d'argent, de relations ?

Le même comportement qui a fait l’homme malade le maintient dans ses chaînes.

Que penser de ceux qui utilisent plus ou moins inconsciemment de telles armes pour se faire «des sujets » ? Et bien ceci .

On rencontre souvent parmi les personnes qui « s'occupent d’anti-alcoolisrne » des gens de milieu bourgeois* qui considèrent plus ou moins le malade alcoolique comme une personne mineure et à aider.

Ces personnes ne pourront jamais être des modèles pour refaire nous mêmes. Si des militants «VIE LIBRE » les suivent, ils perdent rapidement leur propre et véritable personnalité.

Une fois l'alcool supprimé de sa vie, le buveur stabilisé ressent parfois des périodes d'inquiétude qui le poussent à rechercher une sécurité en allant se placer sous la dépendance de personnalités ou de Personnes ayant un prestige local, de l'argent et des relations en vue de « devenir » un jour pareil.

Ce phénomène, très humain, se retrouve chez ceux qui quittent « VIE LIBRE » et créent d'autres Associations contre l'alcoolisme par désir de faire une promotion ainsi conçue sur l'imitation de tels personnages.

C'est dans le tissu même de la vie de relations habituelles et par le jeu de plus en plus libre de ses relations familiales, professionnelles et sociales que se trouve le secret du bonheur et de l'épanouissement, donc de la guérison profonde de la personnalité. « Qui veut copier l'autre, ne fait que le singer. » Restons nous-mêmes, ce que nous sommes.

Pour les relations avec les autres Mouvements, elles doivent s'établir sur des bases claires non moralistes, non paternalistes, non individualistes, ainsi, petit à petit, les autres Mouvements, nous l'espérons, se dégageront de l'emprise presque séculaire des maux cités plus haut. Mais, n'oublions pas que nous-mêmes aurons toujours à faire attention à ce que les autres aient une place vraie dans nos vies.

En conclusion, nous pensons qu'il reste beaucoup à faire pour voir l'application intégrale de la Charte de 1954, mais cela ne pourra se réaliser que dans la mesure où les militants qui démarrent le Mouvement en sont conscients et la vivent, car ce n'est pas une chose que l'on regarde, mais que l'on met en application dans sa vie. C'est une règle de vie si nous voulons aider les buveurs et leurs familles dans le vrai sens du mot.

 

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