Motion de 61ème AG du Mouvement Vie Libre

Ensemble brisons l’inacceptable

Vichy, 23 et 24 novembre 2013,

60 ans : et après ?
Nos vieilles peaux verront-elles un jour le soleil ?

Le ciel est bas et lourd. Notre nombre d'adhérents s'étiole, comme si le Mouvement, après tant de difficultés, de déboires, et d'efforts pour les surmonter, avait le cœur à marée basse dans la grisaille qui imprègne la société.

Il est vrai que notre Mouvement est un peu replié sur lui-même, tout occupé à ses actions d'entraide, travail de fourmi invisible pour les grands systèmes de communication.

Il est vrai que notre structure cloisonnée en mille-feuille ne facilite pas le passage d'informations entre nous et isole chacun, à la base, des décisions et surtout ralentit l'action dans un monde où l'instantanéité fait que le futur a déjà dévoré le présent.

Notre vieux Mouvement ne serait-il plus de son temps ?

Pourtant l'alcool continue son travail morbide et quand la nuit se retire, il reste sur le pavé des urgences un nombre sans cesse croissant de jeunes victimes des bitures express.

Pourtant, l'errance, dans la rue ou dans la solitude, prend souvent appui sur un mélange de drogues, en particulier sur celui de l'alcool et du cannabis.

Force est de constater que, si le fléau addiction change d'habit, il reste toujours cramponné à notre société et s'y diffuse comme un pou dans la chevelure.

Nous sommes aussi forcés de constater le gouffre d'inaction des pouvoirs publics qui se montrent dans l'incapacité de mettre en place une politique de santé attachée à éradiquer ce fléau qui laisse sur le pavé 49000 de nos concitoyens. Des pouvoirs publics paralysés, surfant de mesurettes de prévention en mesures d'élargissement du marché de l'alcool aux jeunes via internet. Des pouvoirs publics, coincés entre la santé et la pression d'une société marchande ivre de consommation à outrance. Des pouvoirs publics tétanisés devant l'ampleur d'une tâche qui touche tous les champs de la société : santé, social, culturel, économique ; des pouvoirs publics anesthésiés par l'action de puissants lobbys d'alcooliers qui influent tant sur les lois que sur la prévention dont ils cherchent à s'emparer.

N'est-ce pas une société qui marche sur la tête que celle qui confie la prévention et la santé à des sorciers vampires, une société  qui nourrit les tiroirs caisses des sociétés anonymes avec la peau de ceux qui, addictes, constituent ainsi un marché captif pour leurs profits?

C'est tout le système social qui tolère et ferme les yeux sur ce sacrifice d'une partie de sa population à la société marchande. C'est la société dans son ensemble qui s’accommode des désastres humains causés par ce fléau.

C'est donc à la société dans son ensemble et aux pouvoirs publics qu'il revient de mettre en place une politique sociale et de santé qui combatte cette addiction et se mette, sans tergiverser, du côté de ses victimes en les soutenant vers la guérison.

Pour sa part, Vie Libre sera toujours présent pour aider en ce sens. Ses 10 000 adhérents mettront tout en œuvre pour accompagner cette démarche.

Il est nécessaire pour nous de prendre conscience de l'évolution de l'offre de produits, impliquant par cette évolution la transformation des comportements. Il est nécessaire de prendre en compte ces formes nouvelles de la marchandisation de l'alcool dans une société festive qui s'étourdit et s'aveugle du sacrifice qu'elle fait d'une jeunesse souvent sans espoir qui pointe à son horizon. Au bout de la biture expresse, le néant d'un désespoir solitaire. Avec l'effondrement du coma éthylique recherché, c'est l'effondrement du lien social. Chacun se défonce, isolé dans sa solitude, côte à côte avec une autre solitude dans une course effrénée vers l'oubli. Et pour certains, plus tard, au bout du bout de la dépendance, vers le silence de la mort. Est-ce vraiment la jeunesse que les pouvoirs publics souhaitent à la France et à l'Europe ? Une jeunesse qui se contemple dans un miroir brisé, reflet des fêlures de son âme, et aussi du sinistre que la société marchande lui injecte dans les veines. Une jeunesse imbibée par le cynisme des dealers légaux ou illégaux. Parmi ces dealers, les pouvoirs publics qui pourvoient le marché de cigarettes et s'enrichit des taxes sur tabac et alcool. Cherchez l'erreur ! Et derrière l'erreur, la collusion.

N'est-il pas temps d'unir nos forces pour réagir à cette évolution vertigineuse de l'emprise des drogues sur nos vies ?

Pour sa part, notre Mouvement, fort de l'expérience de ses militants et bénévoles, ces experts de leur peau, est prêt à aller en ce sens.

Déjà Vie Libre entreprend des refontes pour adapter son action aux nouvelles formes de consommation, aux poly-addictions qui composent dorénavant le comportement de la majorité des addictes, et à la marchandisation effrénée, légale et illégale, des produits.

Il appelle l'ensemble de ses partenaires associatifs, l'ensemble de ses compagnons de prévention, l'ensemble des acteurs sociaux et de santé, à constituer un front pour éradiquer cette emprise sur nos vies et son évolution sinistre.

Amis, ne voyez-vous pas l'espoir qui luit à l'horizon de nos mémoires ? 60 ans après, nos vieilles peaux sont avides de la douceur du soleil : Il est temps de redonner du souffle à l'espoir.

Il est temps de transmettre le réconfort de la flamme d'une vie libre de tout produit, d'une vie de solidarité, d'une jeunesse libre de ses choix, sans dépendances à des produits.

Portons haut et loin cette motion qui nous anime et nous unit.

Tous ensemble !